Merci la CAN : la commune se réveille enfin – Mieux vaut tard que jamais !
Merci la CAN ! Il aura fallu l’annonce de quelques matchs de football pour que la commune de Tanger décide enfin de sortir de son inertie. Depuis plusieurs semaines, les pelleteuses sont en action, les façades se rénovent, les avenues s’élargissent et les trottoirs renaissent. Une mobilisation soudaine, presque spectaculaire… mais également tardive, alors que les besoins de la ville s’accumulent depuis des années sans réponse. Mieux vaut tard que jamais, diront certains. Cependant, pour beaucoup, cette agitation précipitée ressemble davantage à un sprint final qu’à une véritable vision de développement.
Le boulevard Pasteur, l’une des principales artères de la ville, longtemps négligé malgré sa centralité, bénéficie d’un lifting express : rénovation des façades, réfection des trottoirs, plantations, mobilier flambant neuf. Sur la corniche, vitrine touristique de Tanger, des aménagements seront en cours pour améliorer l’esthétique et la circulation piétonne, tout cela en vue d’accueillir dignement les visiteurs prévus pour la Coupe d’Afrique des Nations.
Dans certaines zones, des expropriations ont entraîné la démolition de quelques bâtiments pour libérer de l’espace en vue de l’élargissement des routes. L’objectif est de fluidifier la circulation et de mieux gérer le trafic lors des grands événements. Une stratégie de dernière minute, qui aurait pourtant mérité d’être mise en œuvre bien plus tôt.
Le chantier inclut également le déplacement des poteaux d’éclairage public vers les bords de chaussée après élargissement, ainsi que l’installation de nouveaux équipements urbains : panneaux de signalisation modernisés, bancs, bornes, et une réorganisation complète des panneaux publicitaires. Un effort tardif pour rendre la ville plus claire, plus sûre et plus « présentable ».
Au-delà des routes, l’aéroport international Tanger Ibn Battouta est lui aussi en plein travaux. Son extension vise à accroître sa capacité d’accueil, un investissement stratégique pour renforcer la position de Tanger comme destination touristique et économique de premier plan. Là encore, l’approche semble dictée par l’urgence de l’événement.
Concernant les stades, les efforts se concentrent sur le Grand Stade Ibn Battouta, principal site de la compétition. Des travaux sont en cours pour répondre aux normes de la FIFA : pavage des abords, aménagement de l’entrée principale, installation d’une nouvelle clôture en fer, et extension des réseaux d’eau potable et d’eaux usées pour l’irrigation. Une mise à niveau tardive, mais indispensable.
Il convient de noter que le calendrier est chargé : Tanger accueillera trois matchs de la phase de groupes — Sénégal-Botswana (23 décembre à 18h), Sénégal-RD Congo (27 décembre à 18h), Bénin-Sénégal (30 décembre à 20h30). La ville sera également le théâtre d’un huitième de finale (3 janvier 2026), d’un quart (9 janvier) et d’une demi-finale (14 janvier). Un défi logistique de grande envergure.
Ce réveil soudain est accueilli avec un mélange de soulagement et d’ironie par les Tangérois. Certains apprécient les améliorations visibles, tandis que d’autres rappellent que ces besoins étaient pressants depuis longtemps. Que vaut un trottoir neuf s’il n’a été refait que pour les caméras ?
Alors oui, merci la CAN… mais les citoyens méritaient mieux qu’un sursaut opportuniste. Car une ville ne s’embellit pas seulement pour ses invités : elle s’aménage d’abord pour ceux qui y vivent au quotidien.


