À Tanger, les travaux municipaux provoquent l’irritation des citoyens : silence, chaos et résultats insatisfaisants
Alors que se profile la Coupe d’Afrique des Nations 2025, Tanger est envahie par une multitude de chantiers urbains. Partout, routes éventrées, trottoirs démolis, poussière persistante, nuisances sonores et déviations imprévues rythment le quotidien des habitants. Si la transformation de la ville semble nécessaire, c’est surtout la manière dont les travaux sont menés qui provoque un profond agacement.
Les citoyens, confrontés chaque jour à une circulation désorganisée, à l’inaccessibilité de certains commerces, ou encore à l’absence de passages sécurisés pour les piétons, dénoncent l’opacité des autorités. Aucun panneau ne précise les délais, les raisons des interventions ou les impacts attendus. Le manque total d’information alimente la confusion. « Une nouvelle tranchée apparaît sans prévenir, on ne sait ni ce qui se fait, ni quand cela se termine », s’indigne un commerçant du centre-ville.
Plus préoccupant encore : certains chantiers achevés déçoivent. Des trottoirs fraîchement refaits présentent déjà des anomalies, entre inclinaisons mal étudiées, matériaux peu durables et finitions bâclées. Des voies annoncées comme rénovées montrent déjà des signes de détérioration.
La célèbre place de Sour El Maâgazine, inaugurée récemment avec faste, incarne désormais l’échec d’une rénovation hâtive. Ce site historique, cher à la mémoire des Tangérois, a été « réaménagé » en seulement dix jours. Une telle rapidité a engendré un résultat inachevé, loin des attentes.
Pavés instables, finitions médiocres, absence de vision esthétique et fonctionnelle : les habitants sont outrés. Au lieu d’un espace animé et respectueux du patrimoine, se dresse une esplanade figée, dénuée de sens et inconfortable. Les critiques sont nombreuses : mobilier urbain mal conçu, circulation désordonnée, et surtout, un chantier bâclé sans véritable consultation ni supervision technique.
Pour beaucoup, Sour El Maâgazine est devenu le symbole d’un urbanisme superficiel, fait de promesses rapides et de travaux expéditifs pour « cocher une case », sans égard pour la qualité ni pour l’histoire des lieux. Une situation jugée inacceptable par de nombreux citoyens, qui dénoncent le mépris des normes, du patrimoine et de l’opinion publique.
À cela s’ajoute une nouvelle source d’incompréhension : la corniche, l’un des lieux les plus fréquentés pendant l’été, est sur le point d’entrer elle aussi en phase de réaménagement. Lancer un chantier en pleine saison touristique est jugé aberrant par de nombreux habitants, qui redoutent des perturbations accrues, une gêne pour les visiteurs, et une atteinte à l’image de la ville à un moment stratégique.
Le sentiment de frustration grandit. Beaucoup pointent l’absence de dialogue entre la commune et les citoyens. Les défauts constatés sur plusieurs réalisations récentes, pavés mal posés, finitions inesthétiques ou équipements non conformes, reflètent un manque évident de rigueur. Cette situation renforce le malaise d’une population qui se sent tenue à l’écart des choix impactant son quotidien.
Dans ce contexte, il devient urgent de repenser la communication institutionnelle. Mettre en place des canaux d’information clairs, actualisés et accessibles permettrait non seulement de rassurer les habitants, mais aussi de restaurer une part de la confiance érodée.
En attendant, Tanger continue de subir les effets d’un urbanisme sans dialogue. Les résidents espèrent toujours que les efforts imposés aboutiront à des résultats à la hauteur des promesses. Mais pour l’heure, les inquiétudes demeurent, et l’enthousiasme peine à remplacer le désenchantement.



