Alors, au final… à Tanger, construit-on pour marcher ou simplement pour trébucher avec style ?
Tanger, la perle du Nord, ville de lumière et… de trous dans les trottoirs. Depuis plusieurs mois, la ville est en pleine transformation urbaine. Entre ambitions esthétiques, enjeux sportifs et stratégies touristiques, tout converge vers une modernisation rapide. Cependant, pour les habitants, se déplacer dans leur propre ville est devenu un véritable exercice d’équilibre… parfois acrobatique.
Dans plusieurs quartiers centraux tels que le centre-ville et les routes menant au Grand Stade, les trottoirs récemment rénovés commencent déjà à se fissurer. Parfois, les dalles s’enfoncent, et d’autres fois, elles vibrent sous le poids des piétons. Une passante résume la situation avec humour : bien que les rues aient été refaites, les détails, finitions, signalisation et accessibilité, semblent souvent laissés à la chance.
Les promenades urbaines exigent désormais une vigilance accrue. Il suffit de sortir de chez soi, de longer le boulevard Pasteur et de se déplacer dans les ruelles pour se poser une question existentielle : faut-il marcher les yeux rivés au sol ou prier pour garder l’équilibre ? Fissures prématurées, dalles instables, flaques stagnantes… l’espace public semble avoir été confié à des apprentis maçons en formation accélérée.
« Je ne sais plus si je dois marcher ou sauter », plaisante un habitant de la rue du cinéma Roxy. Une boutade ? Pas vraiment, quand on sait que certaines rues rénovées n’ont pas tenu un mois face aux intempéries.
La place El Faro, perchée majestueusement au-dessus de la mer, aurait dû être traitée comme un véritable écrin. Mais à la place, on se retrouve avec des carreaux mal posés, fissurés et même décollés, donnant l’impression de marcher sur les vestiges d’un immeuble démoli la veille. Un spectacle digne d’un film de désastre urbain. Heureusement, face aux critiques des citoyens, M. Younes Tazi, le Wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a décidé d’agir : il a pris le temps de se rendre sur place, a observé l’ampleur des dégâts et n’a pas hésité à réagir en révoquant l’architecte responsable de ce chantier apocalyptique. Une décision bienvenue, même si certains se demandent pourquoi il a fallu attendre des mois de chaos pour qu’une transformation catastrophique soit enfin remarquée.
Le cas du lac Rahrah mérite une mention spéciale. Ce projet écologique, initialement salué pour sa vision durable, a tourné à la farce municipale. Clôtures effondrées, bassin désert, travaux à l’arrêt, moustiques voraces, ordures. On murmure que même les grenouilles ont déménagé. Quant aux riverains, ils contemplent désormais un espace vide qui devait, paraît-il, « valoriser l’environnement urbain ». Une réussite invisible, donc.
En parlant de modernisation, la route de Boukhalef, qui mène directement vers l’aéroport, n’échappe pas à la grande vague de réhabilitation. Les travaux battent leur plein, mais ils semblent avoir créé une épreuve de patience pour ceux qui doivent prendre un vol. Les embouteillages monstres sont désormais l’un des spectacles quotidiens. Entre les tranchées, les aménagements et les déviations, il n’est pas rare que les voyageurs se retrouvent coincés des heures avant même d’atteindre l’aéroport.
À ce rythme, on pourrait presque proposer un service de “course contre la montre” pour éviter de rater son avion. Un conseil pour les voyageurs : mieux vaut éviter la route de Boukhalef et privilégier plutôt la route de Rabat pour un trajet plus fluide et sans stress. Qui sait, vous pourriez même arriver à l’heure pour profiter d’un café avant votre vol… sans avoir à courir jusqu’au comptoir d’embarquement !
Le citoyen tangérois, lui, observe. Il râle, évidemment, parfois avec poésie : « À Tanger, même le trottoir a la gueule de bois », entend-on dans un café. Il réclame plus de rigueur, de transparence et surtout de durabilité. Car rénover une rue pour qu’elle tienne une saison, ce n’est pas de l’urbanisme : c’est un sketch.


