Baleària ouvre un nouveau front écologique en Méditerranée – Un corridor maritime 100 % vert entre Tarifa et Tanger
Ce mardi 24 juin 2025, une cérémonie officielle a marqué le lancement du “couloir 100 % vert” initié par la compagnie maritime Baleària, en présence de l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, M. Enrique Ojeda Vila, le secrétaire général du transport aérien et maritime, M. Benito Núñez, le Président du Conseil Régional Tanger-Tétouan-Al Hoceima, M. Omar Moro, le Président de la SAPT et de la SGPTV, M. Mohamed Ouanaya, le Commandant du bord et directeur des opération, M. Mohamed Maghazi et le Président de la Fédeation Nationale du transport multinational, M. Ahmed El Gharrabi, ainsi que d’autres personnalités de l’Espagne et de Tanger.
L’événement s’est tenu au port de Tanger, symbolisant le début concret d’un projet ambitieux alliant innovation technologique et transition énergétique dans le transport maritime.
Face à l’urgence climatique et à la pression réglementaire croissante sur les émissions du secteur maritime, la compagnie Baleària, bien connue pour ses liaisons en Méditerranée, a annoncé le lancement d’un corridor maritime « zéro émission » entre Tarifa (Espagne) et Tanger Ville (Maroc). Une initiative qui, au-delà du symbole, soulève plusieurs enjeux industriels, logistiques et politiques.
Deux catamarans à grande vitesse, entièrement électriques, seront déployés d’ici à 2027. Construits dans les chantiers espagnols Armon, ces navires seront dotés de batteries d’une capacité de 11 500 kWh, censées offrir une autonomie suffisante pour effectuer la traversée du détroit sans émissions. La propulsion repose sur des moteurs de 16 MW, tandis que des générateurs diesel resteront disponibles en secours – un point qui, en creux, montre que l’électrification intégrale du maritime reste encore dépendante de systèmes hybrides.
Pour permettre le bon fonctionnement de ces liaisons, les ports de Tarifa et Tanger devront être équipés de dispositifs de recharge rapide – un défi technique en soi. Le projet prévoit une recharge complète des navires en moins d’une heure grâce à un système OPS (alimentation électrique à quai) et à des bras robotiques. Des batteries terrestres de plusieurs mégawatt heures sont également annoncées pour lisser la demande sur le réseau.
Mais ces infrastructures n’existent pas encore, et leur mise en place nécessitera coordination, financement et ajustement réglementaire dans deux pays aux cadres énergétiques très différents.
Ce corridor « vert » n’est pas une simple opération de communication. Il s’inscrit dans un contrat public-privé de 15 ans signé avec l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras (APBA), pour un montant global estimé à 160 millions d’euros. L’objectif : démontrer la faisabilité d’un modèle de transport maritime intercontinental respectueux du climat.
Sur le plan politique, ce projet intervient à un moment stratégique, à la fois pour les relations euro-méditerranéennes et pour la candidature Maroc–Espagne–Portugal à la Coupe du Monde 2030. Il s’inscrit également dans la volonté européenne d’encourager des corridors verts dans le transport, une priorité dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe.
La promesse d’un corridor maritime zéro émission entre l’Europe et l’Afrique est ambitieuse. Mais elle pose plusieurs questions : quelle sera la fiabilité des ferries électriques à long terme ? Quel modèle économique face à un coût d’investissement élevé ? Et surtout, ce projet isolé peut-il être répliqué à grande échelle ?
Baleària, en s’engageant sur ce chemin, s’impose comme un acteur pionnier. Mais le véritable test viendra avec l’exploitation commerciale effective, attendue fin 2027, et sa capacité à concilier innovation, résilience technique, et viabilité économique.


