Parasols, jets-skis et 4×4 dans le viseur des autorités – L’ordre reviendra-t-il sur les plages ?
Chaque été au Maroc, la promesse des plages ensoleillées se heurte à une réalité bien moins idyllique. Au lieu de profiter d’un littoral ouvert à tous, de nombreux estivants se retrouvent confrontés à une occupation anarchique des plages : parasols imposés, matelas alignés de force, tarifs arbitraires, voire intimidations de la part de pseudo-gérants autoproclamés. À cela s’ajoutent des véhicules motorisés qui s’invitent jusqu’au sable, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires. Résultat : un espace public détourné, parfois même dangereux, loin de l’expérience balnéaire que recherchent les familles.
Fallait-il qu’un accident dramatique survienne pour que l’on réagisse enfin ? À Sidi Rahal, la petite Ghita, une fillette de 4 ans venue d’Italie pour passer ses vacances au Maroc, a été grièvement blessée sur la plage. Percutée par un 4×4 tractant un jet-ski, elle a été écrasée sous les yeux de sa famille. Ce drame insoutenable aurait pu et dû être évité. C’est seulement après cette tragédie que l’opinion publique a semblé prendre pleinement conscience de l’anarchie qui règne parfois sur nos côtes.
Face à cette dérive qui ternit chaque année l’image du littoral marocain, les autorités ont décidé de réagir avec fermeté. Dans plusieurs régions, des opérations de nettoyage du domaine public maritime ont été lancées. Des agents ont été mobilisés pour démanteler les installations illégales, interdire l’accès aux véhicules motorisés sur les plages ; 4×4, quads et autres et restituer aux citoyens un accès libre, sécurisé et non marchandisé au sable. Concernant les jet-skis, bien que leur usage ne soit pas interdit, leur présence fait aujourd’hui l’objet de débats, beaucoup appelant à une meilleure réglementation, voire à leur interdiction sur certaines zones sensibles.
Cette année, dans plusieurs villes côtières, des scènes devenues ordinaires, comme celle d’un vacancier forcé de louer un parasol pour poser sa serviette, ont enfin été contrées, suscitant un certain soulagement, mais aussi des questions sur la durabilité de ces interventions. Ce sursaut d’ordre public ne vise pas à décourager les initiatives économiques locales, mais bien à encadrer les pratiques afin qu’elles respectent l’intérêt général.
Car la plage, par essence, appartient à tous. Elle n’est pas un espace commercial, mais un lieu de détente, de loisirs, de liberté. Et il est temps que cela soit enfin respecté. Les citoyens eux-mêmes, via les réseaux sociaux et les médias, ont joué un rôle important dans cette prise de conscience collective, en dénonçant des abus trop longtemps tolérés. Aujourd’hui, leur voix semble enfin entendue.
Il reste à espérer que cet élan ne soit pas éphémère. Car au-delà des opérations ponctuelles, c’est une nouvelle culture de gestion du littoral qu’il faudra instaurer : plus équitable, mieux surveillée, et surtout plus respectueuse des droits des usagers. Tant que la mer continuera d’attirer, elle doit rester un bien commun, préservé de l’appropriation, de la spéculation et du désordre.


