Une photo coûte 5 dirhams à Chefchaouen ! La beauté bleue de la ville devient payante
Chefchaouen, la célèbre perle bleue du nord du Maroc, est aujourd’hui au cœur d’un débat qui ternit quelque peu son image de ville paisible et accueillante. Réputée pour son esthétisme unique, ses ruelles indigo et sa photogénie exceptionnelle, la ville attire chaque année des milliers de touristes et de passionnés de photographie.
Avec l’essor d’Instagram et des réseaux sociaux, Chefchaouen est devenue l’une des villes les plus « instagrammables » du monde. Cette visibilité mondiale a attiré une nouvelle vague de visiteurs en quête de clichés parfaits, mais elle a aussi eu des effets pervers : la beauté spontanée de la ville se transforme peu à peu en décor marchandisé, où l’image a un prix.
Désormais, il est fréquent que les visiteurs soient contraints de payer 5 dirhams, voire plus, simplement pour prendre une photo dans certaines ruelles de la médina. Cette pratique s’installe lentement mais sûrement : on vous interpelle, on vous bloque, ou on vous fait comprendre qu’un cliché n’est pas gratuit. Même dans l’espace public, il devient difficile de capturer l’instant sans ouvrir son porte-monnaie (source).
Ce comportement, devenu quasi systématique dans certains quartiers, inquiète autant qu’il agace. Des habitants ou commerçants installent des décors (objets artisanaux, pots de fleurs, tapis colorés), puis revendiquent l’exclusivité visuelle de l’endroit. Cette monétisation de l’espace public pose un réel problème d’éthique touristique.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux voyageurs expriment leur frustration. Certains racontent avoir été abordés dès qu’ils sortaient leur téléphone. D’autres dénoncent une expérience dénaturée, où l’authenticité se perd derrière une logique de profit. Le charme naturel de Chefchaouen, autrefois spontané et accueillant, semble désormais mis en scène, et parfois même artificiel.
Ce phénomène donne aussi lieu à une forme de discrimination implicite : les touristes étrangers, perçus comme plus « rentables », sont souvent ciblés en priorité. Une situation qui crée un malaise, et va à l’encontre de l’hospitalité marocaine, fondée sur le partage et la convivialité.
Chefchaouen ne doit pas devenir une carte postale contrôlée par quelques individus au détriment du bien commun. Les ruelles bleues appartiennent à tous, habitants comme visiteurs. Si le tourisme peut et doit soutenir l’économie locale, cela ne doit pas se faire au prix d’une privatisation visuelle des espaces publics.
Il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Un dialogue entre autorités, habitants et acteurs du tourisme s’impose pour réguler ces dérives. Le respect, l’équité et la liberté doivent rester au cœur de l’expérience touristique, pour que Chefchaouen continue d’être ce qu’elle a toujours été : un joyau accessible à tous, et non une vitrine tarifée à chaque coin de rue.



