Le tourisme dans le Nord du Maroc trébuche dans les faits… mais brille en discours
Le nord du Maroc regorge de trésors : entre Tanger et Asilah, les paysages sont magnifiques, les médinas pleines de charme, l’histoire foisonne à chaque coin de rue. Et pourtant, la promotion touristique de la région semble reposer sur un savant mélange d’improvisation et d’oubli systématique. On pourrait presque croire qu’il existe une stratégie non écrite : « surtout, ne rien faire de visible ».
Depuis le départ de l’ancien délégué provincial du tourisme, plus aucun repère. Il paraît qu’une nouvelle déléguée a été nommée, mais officiellement, aucun mot. Son nom ? Inconnu. Son visage ? Inconnu. Et depuis le déménagement de la délégation, ni le citoyen tangérois, ni le touriste, ni même les professionnels du secteur ne savent où elle se trouve. Aucune plaque, aucune communication, aucun numéro. Un flou total. Une délégation introuvable dans une ville censée rayonner. Voilà un paradoxe dont seule une mauvaise organisation a le secret.
Et pour rester cohérents, aucun communiqué n’a été diffusé. Rien. Silence radio. Comme si informer le public était devenu facultatif, voire indésirable. Pourtant, on parle ici d’un secteur clé, d’un levier économique et culturel pour toute la région.
Pendant ce temps, à Chefchaouen, on innove : la photo se paie désormais à l’unité. Une ruelle, un tapis, un pot de fleurs ? Cinq dirhams, merci. Ce n’est plus une visite, c’est une séance photo tarifée. L’espace public devient un business privé. L’authenticité cède la place à la mise en scène, et l’hospitalité devient conditionnelle. Il fallait y penser.
Côté transport, c’est tout aussi déroutant. Les liaisons directes internationales vers l’aéroport de Tanger sont rares, obligeant les touristes à des correspondances complexes ou à des trajets improvisés. Une fois arrivés, ils doivent se débrouiller entre taxis collectifs et itinéraires chaotiques pour rejoindre leur destination finale. Bref, se déplacer dans la région relève parfois plus de l’aventure que du simple trajet.
Quant aux routes, le tableau est presque artistique : une alternance de nids-de-poule, de revêtements posés à la va-vite, et de chantiers qui avancent à une lenteur redoutable. Il faut reconnaître que c’est l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations qui a débloqué, comme par magie, une série de travaux d’aménagement urbain. Mais une fois l’effet d’annonce passé, on se retrouve avec des trottoirs éventrés pendant des mois, des barrières qui s’éternisent, et une signalisation toujours aussi absente. On voit bien que quelque chose se passe… mais on ne sait jamais quand ça se termine. La route est refaite, oui, mais le confort reste théorique. Tout est là, sauf l’efficacité.
Alors, que faut-il pour promouvoir le tourisme au nord du Maroc ? Peut-être déjà commencer par rendre visible ce qui est censé l’être : une délégation, une direction, une vision. Communiquer clairement. Offrir un minimum d’accueil et de structure. Cesser de vendre les émotions à cinq dirhams l’unité. Et surtout, respecter le visiteur, tout comme le citoyen.
Parce que la beauté du nord est bien réelle. Ce qui lui manque, ce n’est pas le charme, mais l’organisation. Et sans cela, elle risque de rester ce qu’elle est déjà trop souvent : un joyau mal éclairé.



