Le tourisme parfait dans le nord du Maroc n’existe pas… mais on continue de le chercher sans avancer
Le Nord du Maroc. Cette région qu’on brandit fièrement dans les discours, qu’on affiche sur les brochures glacées, et qu’on évoque dans les stratégies à cinq ans renouvelables chaque année. Tanger, Chefchaouen, Tétouan, Asilah… Des noms qui brillent sur la carte, mais où la réalité touristique ressemble parfois à une équation insoluble.
À force d’en parler, de le planifier, de le vendre dans des slogans bien ficelés, on finit par se demander : à quoi veut-on que le tourisme ressemble, exactement, dans le Nord du Maroc ?
Doit-il être authentique ou instagrammable ? Écotouristique mais rentable ? Élégant mais accessible ? On veut des visiteurs, mais pas trop ; du développement, mais sans nuisance ; des retombées économiques, mais sans rien changer à l’ordre établi. Le tourisme idéal dans le Nord, c’est un mirage : on croit l’apercevoir, mais à l’approche, il s’efface derrière les priorités floues et les aménagements inachevés.
Faut-il qu’il soit culturel ? Dans ce cas, il faudrait peut-être penser à ouvrir les musées en dehors des heures de bureau. On parle de tourisme balnéaire, mais les plages « naturelles » manquent de services de base, sauf, bien sûr, les parkings payants. On évoque un tourisme rural, mais sans la poussière, ni les moutons qui traversent les routes, ni les pistes non goudronnées. Et évidemment durable… mais attention : il ne faudrait surtout pas remettre en question les structures de béton déjà là. On parle d’avenir vert, mais sans toucher aux erreurs grises du passé. Le paradoxe est permanent.
Malheureusement, dans de nombreuses zones touristiques du nord du Maroc, les visiteurs doivent composer avec un manque criant de sanitaires : rares sont les plages ou même les centres-villes qui offrent des toilettes publiques ou des douches accessibles. Ce déficit élémentaire nuit à l’expérience et laisse un goût d’inachevé, loin de l’image idyllique que l’on voudrait vendre.
Le tourisme dans le Nord doit faire vivre les artisans, mais pas question de leur demander d’avoir un TPE pour les paiements. Il doit valoriser la gastronomie locale, sauf quand les menus s’occidentalisent selon la clientèle de la semaine. Il doit créer de l’emploi, mais surtout sans bruit, sans bouchons, sans terrasse qui dépasse, et sans troubler les riverains.
Le tourisme dans le Nord doit faire vivre les artisans, mais pas question de leur demander d’avoir un TPE pour les paiements. Il doit valoriser la gastronomie locale… sauf que certains restaurants changent de spécialité et de tarifs au gré des saisons (et des touristes). Il faut qu’il crée de l’emploi, bien sûr, mais surtout pas de bruit, pas d’embouteillages, et qu’il respecte l’environnement – même s’il faut couper un bout de forêt pour construire un « écolodge ».
Les infrastructures, elles ? On les veut modernes, mais discrètes. Des routes, oui, mais pas trop larges. Des panneaux ? Pourquoi pas, mais surtout pas envahissants. Des navettes ? Bien sûr, mais pas si elles bloquent la circulation. On veut un tourisme fluide et connecté, mais dans des lieux « préservés », comme si le progrès devait se faire en silence, presque en cachette.
Bref, le Nord du Maroc doit accueillir le monde, mais sans jamais perdre une miette de son charme figé. Un tourisme magique, mais invisible. Rentable, mais pas envahissant. Vivant, mais silencieux.
Alors à quoi veut-on qu’il ressemble ? À un compromis sans fin. À un équilibre instable dicté par les attentes des visiteurs, les contraintes locales, et des visions parfois importées, souvent improvisées.
Peut-être qu’avant de lui imposer un visage, il faudrait lui donner une vision. Une vraie. Organisée. Inclusive. Qui respecte à la fois le territoire, ses habitants et les voyageurs.
Parce que le tourisme dans le Nord du Maroc, ce n’est pas une carte postale à usage promotionnel. C’est une expérience vivante, fragile et précieuse. Et tant qu’on lui demandera d’être parfait sans jamais vraiment le comprendre, on continuera de parler… sans vraiment avancer.



