Des horodateurs en priorité, mais des trottoirs et chaussées mal restaurés – le paradoxe urbain à Tanger
À Tanger, la modernisation urbaine semble avoir trouvé son moteur : la rentabilité. Tandis que des quartiers entiers attendent des services de base comme l’éclairage public, la réfection des trottoirs ou l’entretien des espaces verts, la commune maintient et étend son réseau de stationnement payant, via des horodateurs souvent vétustes, mal placés, et sans accompagnement visible en matière d’entretien urbain. Un choix qui fait grincer des dents et relance une question essentielle : où vont les priorités de la ville ?
Dans plusieurs quartiers, l’absence d’éclairage public continue de poser des risques en matière de sécurité. Des ruelles restent mal éclairées, voire plongées dans le noir, rendant les déplacements dangereux à la tombée de la nuit. Pourtant, les panneaux signalant le paiement du parking, eux, sont bien là parfois même suréclairés. « On dirait que l’éclairage est réservé aux horodateurs, pas aux habitants, » ironise un résident de l’avenue Louis Van Beethoven.
L’état général des trottoirs dans plusieurs zones de la ville laisse à désirer : carrelage et pavés cassés, joints absents, passages inégaux. Certains pavés semblent avoir été posés à la hâte, comme récupérés de démolitions. Et ce qui choque davantage, c’est que cette dégradation n’est pas le fruit du temps, mais souvent le résultat de travaux récents. Dans certaines avenues principales, fraîchement rénovées et pourtant déjà délabrées, les finitions sont bâclées. Cela concerne même des artères symboliques portant les noms de personnalités illustres, ou encore le quartier administratif, censé être exemplaire en matière d’entretien et d’image.
Ces restaurations sommaires, menées parfois dans la précipitation notamment en vue de la Coupe d’Afrique des Nations que Tanger doit co-organiser soulèvent des interrogations sur la durabilité et le sérieux des travaux engagés. On privilégie la surface, l’image, mais on oublie la qualité, la sécurité et le respect du cadre de vie.
Au lieu de préserver les rares espaces naturels, on les abîme. Un exemple frappant : des arbres littéralement encerclés de ciment, sans soin ni respect des normes environnementales. Privés de terre, de respiration, et exposés à la dégradation, il deviennent le symbole d’un urbanisme bâclé. « On étouffe les arbres comme on étouffe les quartiers, » commente un passant.
Comme si cela ne suffisait pas, certaines rues sont devenues la scène de ce que les habitants qualifient d’absurde : les panneaux de signalisation des parkings payants ont été installés à une hauteur si basse qu’ils deviennent un danger public. « Je me suis cognée la tête en passant je croyais rêver, » témoigne une habitante du boulevard Mohamed V. « On dirait qu’ils ont fait exprès pour qu’on les remarque. Mission accomplie, sauf que maintenant je passe par l’autre trottoir. » Ces erreurs de base, loin d’être anecdotiques, traduisent un manque flagrant de rigueur, d’ergonomie et de respect des piétons dans l’aménagement urbain.
Face à tout cela, les citoyens s’interrogent : faut-il vraiment commencer par encaisser l’argent, quand tant de choses élémentaires restent à faire ? Entre trottoirs dégradés, manque d’éclairage, arbres maltraités et mobilier urbain usé, le contraste est criant avec la multiplication bien huilée des panneaux de stationnement.
« La ville encaisse, mais ne réinvestit pas dans notre confort, » regrette un commerçant du centre ville. « On paie, mais on trébuche, on s’énerve, on subit. »
Les attentes sont pourtant simples. Ce que les habitants demandent, ce n’est pas du luxe, mais du respect : un espace public sûr, propre, accessible et digne. Il ne s’agit pas de grands chantiers ou de projets futuristes, mais de services essentiels. Éclairer une rue. Protéger un arbre. Réparer un trottoir. Mettre les panneaux à la bonne hauteur. En somme, remettre le citoyen au centre des priorités.
Tanger n’a pas besoin de cacher ses défauts derrière des horodateurs vieillissants. Elle a besoin de s’occuper du réel, du quotidien, du terrain. Le reste, les habitants sauront l’apprécier mais pas avant.




