Mawazine – Les projecteurs allumés, les portefeuilles allégés
Dans un Maroc où la cherté de la vie pèse chaque jour un peu plus sur les foyers, une question s’impose à voix haute : comment peut-on débourser jusqu’à 1.400 dirhams pour un billet de concert, alors que beaucoup peinent à remplir leur panier de courses ? Le festival Mawazine, vitrine culturelle internationale, continue de fasciner autant qu’il divise.
Car cette somme, déjà difficilement accessible individuellement, devient vertigineuse une fois multipliée par le nombre de membres d’une même famille. Et c’est bien là que le paradoxe se creuse, alors que les ménages marocains rognent sur l’essentiel, les foules se massent devant les scènes, prêtes à sacrifier leur budget pour quelques heures de musique.
Cette réalité a de quoi déranger. Car derrière les projecteurs et les paillettes, une autre vérité transparaît : celle des cachets vertigineux versés aux artistes internationaux. Des montants rarement révélés, mais largement commentés, qui illustrent à eux seuls le décalage entre le faste de Mawazine et les réalités socio-économiques du pays. Pendant que certains montent sur scène pour des centaines de milliers d’euros, les artistes marocains, eux, sont trop souvent cantonnés à des scènes secondaires, avec des conditions nettement moins favorables. Une hiérarchie silencieuse qui ne dit pas son nom, mais que le public perçoit de plus en plus clairement.
Certes, la culture a un prix, et un grand événement tel que Mawazine peut être un levier touristique. Mais le contraste entre les cachets astronomiques, les prix élevés des billets, et le quotidien des Marocains laisse un goût amer. La fête est belle, mais pour beaucoup, elle semble se jouer dans une autre réalité.


