Tanger face à ses contradictions : entre développement ambitieux et négligence urbaine
Port stratégique, et un autre de plaisance, réseau ferroviaire modernisé, nouvelles zones industrielles, front de mer rénové, médina restaurée, musées réhabilités… Tanger connaît une transformation spectaculaire. Mais derrière cette modernisation rapide se cachent des fragilités visibles, souvent négligées par les autorités locales, et qui nuisent à l’image d’une ville en plein essor.
À quelques kilomètres des grands chantiers visibles sur les brochures touristiques, le contraste est saisissant. De nombreux quartiers périphériques oubliés de la modernisation, notamment à Bir Chifa, Beni Makada, Mesnana, Mghogha, ou encore Saddam, souffrent d’un manque d’entretien évident : routes dégradées, éclairage public défaillant, prolifération de déchets, absence d’espaces verts fonctionnels.
Des infrastructures pourtant existantes mais laissées à l’abandon, voire inachevées. Certains habitants dénoncent le laisser-aller des services de la commune, qui semblent concentrer les efforts sur les zones les plus visibles ou touristiques, au détriment du quotidien de milliers de citoyens.
Cette gestion déséquilibrée soulève des interrogations sur la stratégie urbaine mise en place à Tanger. Si les investissements nationaux, souvent pilotés par l’État ou des agences publiques, ont transformé la ville sur le plan économique et logistique, la gestion communale semble à la traîne, notamment en matière d’entretien courant et de réactivité face aux doléances des citoyens.
Certaines voix appellent à une meilleure coordination entre les grands projets et les besoins de base, estimant que le développement durable ne peut se limiter à l’image extérieure de la ville, mais doit intégrer les réalités vécues au quotidien.
Il ne faut pas nier que la ville s’est dotée d’infrastructures d’envergure qui la placent aujourd’hui au cœur des dynamiques économiques nationales. L’un des symboles les plus marquants de cette mutation est sans doute le port Tanger Med, classé premier port d’Afrique et de la Méditerranée en termes de capacité et de connectivité. À lui seul, il incarne la volonté du Maroc de se positionner comme un hub logistique international, connecté aux grandes routes maritimes mondiales.
Tanger peut également se targuer d’un réseau ferroviaire modernisé, notamment avec le TGV Al Boraq, qui relie désormais la ville à Casablanca en un temps record. À cela s’ajoutent des projets urbains comme la Marina de Tanger, le réaménagement de la Corniche, ou encore de nouveaux axes routiers qui fluidifient la circulation dans certaines zones.
Le potentiel de Tanger reste immense. Son positionnement stratégique, ses infrastructures de haut niveau et sa croissance démographique en font une ville clé pour le futur du Maroc. Mais pour que cette modernisation soit réellement inclusive, le maire de la ville et ses élus devront corriger les déséquilibres actuels.
La ville ne pourra prétendre à un développement exemplaire que si ses ambitions économiques s’accompagnent d’un engagement fort pour une gouvernance locale efficace, soucieuse du cadre de vie des citoyens autant que de son rayonnement international.


